Titefermiere au pays des urgences

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lundi 20 novembre 2006

Impossible de se protéger

Mis à part les nombreuses contraintes de mon métier (confrontations quotidiennes à la misère et à la mort, sous payés, en sous effectif, etc...), il y en a une que l'on ne souligne jamais assez : le fait de ne pas pouvoir se voiler la face lorsque la maladie frappe un proche...
Expliquez-moi comment dire à ma grand-mère que non la maladie d'Alzheimer ne se soigne pas et qu'elle ne pourra pas garder mon grand-père chez elle éternellement, qu'il finira par ne même plus se rappeler comment manger seul, et encore moins son prénom à elle, ou la date de leur mariage.
Comment faire comprendre à ma maman ,qui m'explique qu'une de ses vient de rentrer à l'hoptial pour des douleurs dorsales très violente et à qui on vient de diagnostiquer un cancer, que l'on ne pourra malheureusement pas la sauver et qui ne lui reste que quelque mois.

Nous n'avons malheureusment pas d'autre choix que de regarder la vérité en face, pas moyen de faire l'autruche ou de garder espoir, il faut juste se rendre à l'évidence et essayer de faire bonne figure malgré tout, de donner l'illusion d'y croirte encore...

Je sais que ce billet n'est pas des plus réjouissant, mais il reflète bien mon moral du moment.
Bonne nuit
Pleurs

Edit : Je tiens juste à prcésier que ce ne sont pas des situations que je suis en train de vivre en ce moment même, mais que j'ai connu par la passé, je soulignais juste une difficultés de plus de notre métier. Merci tout de même pour votre soutien.

dimanche 29 octobre 2006

Abandon...

La maladie me fait peur...
Je sais c'est le comble pour une infirmière, mais elle me fait vraiment peur lorsqu'elle touche mes proches. Je me sens tellement impuissante à soulager, à aider ou à soutenir que je fuis la plupart du temps, quand j'ai le choix. Peut-être que cela vient de la maladie de ma maman quand j'étais encore au lycée mais cela n'explique pas tout. Je pense que j'applique à mes proches les mêmes défenses que j'utilise avec mes patients, je me réfugie derrière mes connaissances médicale pour me protéger, alors que ce n'est pas ma place, je devrais me mettre du coté du réconfort et non du coté des médecins.
C'est certainement pour cette raison que je me suis éloignée de cette amie, frappée par la maladie très jeune. Tous les jours je me dis, il faut que je l'appelle, je pourrais passé la voir, elle habite à 5 minutes à pieds de chez moi. Mais je n'en fait rien... Je reste chez moi, me trouve d'autres occupations... J'ai honte...
Même si je sais qu'elle va bien maintenant, que sa vie est hors de danger, j'ai honte... Je l'ai abandonné au moment où elle en avait le plus besoin certainement. Comment faire pour me rattrapper, je crois que je n'ai aucune excuse... Il faut vraiment que je l'appelle.

mercredi 30 août 2006

Le drame d'Alzheimer

Je me rappelle de cet homme comme-ci c'était hier, je crois qu'il ne me quittera jamais. C'est grace à lui que j'ai compris l'enfer que peuvent vivre au quotidien les malades touchés par Alzheimer. Cette maladie chronique et neurodégénérative entraine une perte progressive de la mémoire chez le sujet atteint.
Cet homme vivait dans la maison de retraite où j'encadrais une première année au cours de son premier stage. Je ne suis restée que 3 jours là-bas, mais cela a été les 3 jours les plus marquants de ma formation.
Un matin, il vient me trouver avant le petit déjeuner, et me demande :
"Vous savez où est passée ma femme ?"
"Non monsieur, désolé, elle doit être déjà installée pour le petit déjeuner. Allez vous assoire s'il vous plait."
L'aide soignante s'approche de nous et dit au monsieur : "Vous savez bien M. X que votre femme nous a quitté il y a deux ans déjà."
L'homme prend un air étonné puis fond en larme en appelant sa femme. Il retourne en trainant des pieds vers sa chambre. L'aide-soigante m'explique que tous les matins il pose la même question à l'équipe soignante, car tous les matins il a oublié que ça femme est décédée d'un cancer voilà deux ans.

Imaginez la détresse de cet homme qui tous les jours devait revivre la perte tragique de sa femme. Alzheimer lui fait vivre une torture, un deuil quotidien dont il ne pourra jamais guérir car il oublie. Tous les jours, il s'attend à voir sa femme au réveil, et tous les jours il apprend sa mort.

On parle souvent de la détresse des familles devant un proche atteint de cette maladie. On se dit pour se rassurer que ces patients ne souffrent pas car ils ne se rendent compte de rien, il "perdent la boule", tant mieux pour eux. Cela laisse quand même à réfléchir...